(Ne pas) Couler dans le C

By Publié dans - La vie on avril 15th, 2020

Dans les périodes d’adversité, il est important d’être fort en-dedans et d’économiser les paroles.

YI-JING : Le livre des changements (Richard Wilhelm, traducteur)

 

Le blog de ce mois-ci est de loin le plus dur que j’aie eu à écrire depuis que j’ai commencé ce rendez-vous mensuel il y a presque cinq ans. Non seulement à cause de la confusion extrême, de la douleur ou de la peur relatives à ce qui est en train de se passer dans le monde aujourd’hui. Elles fournissent d’ailleurs toutes de bons sujets bien juteux que je pourrais creuser avec délectation. Mais c’est dur d’écrire dans la saturation. Il n’y a qu’un sujet ces derniers temps et il commence par un C. Nous coulons sous ce C. Nos artères en sont encrassées. Même nos tentatives de nous distraire sont toujours, à la fin, reliées au C.

Tout au long de ces dernières semaines, j’en ai tellement lu et tellement entendu sur ce que je devrais faire dans cette crise : comment me comporter, où aller et où ne pas, que penser. Je me suis retrouvée exposée à un flot de statistiques en ligne, proclamations du gouvernement, art et activités gratuits, conseils, astuces, avertissements, réunions, hangouts et tutos, sans compter l’influence certes subtile mais persuasive de ce que faisaient mes amis. Voyant coupée notre routine de rencontres en chair et en os, nous nous sommes plongés dans le courant virtuel : bien intentionnés, essayant de garder un semblant de sens, de structure et de normalité, voulant continuer de faire ce que nous faisons et rester connectés. Personnellement, j’ai l’impression de couler. Et mon instinct me dit que la meilleure chose à faire est de refaire surface, toucher terre, m’asseoir et observer.

Or, un blog, par définition, a besoin de mises à jour régulières. C’est pourquoi, pleinement consciente de l’ironie qu’il y a à ajouter mes gouttes d’eau au formidable déluge que j’essaie d’éviter, voilà ce que j’ai à dire.

 

Peine

Que vous naviguiez dans ces eaux avec succès ou non, cette situation a à voir avec la perte. Dès lors s’applique le Protocole du Chagrin.

Dans le Protocole du Chagrin, il n’y a pas de règles. Il n’existe aucune bonne façon d’avoir du chagrin. Il existe des normes et des attentes : culturelles, familiales, religieuses. Envoyez-les balader. Tant que vous ne vous mettez pas en danger ni ne mettez les autres en danger, vous pouvez vivre la situation comme bon vous semble. Je vous en prie, n’ayez pas honte de ne pas être productif ou de ne pas « saisir l’occasion ». Je vous en supplie, ne culpabilisez pas à cause de votre soi-disant manque de créativité. Pas plus que vous ne devez avoir de remords de trouver de l’humour dans tout ça, de vous sentir ok, de travailler plus que jamais, de bien supporter ce qui se passe. Chacun exprime son chagrin à sa façon. N’attendez pas des autres qu’ils reflètent votre stratégie pour vous en sortir et n’imaginez pas que leur situation soit la même que la vôtre. Relâchez-vous. Écoutez un peu plus, parlez un peu moins.

 

Inquiétude

L’une des choses les plus dures dans cette situation est combien peu nous en savons. Quelle est la vérité ? Quelles seront les répercussions ? Combien de temps vivrons-nous ainsi ? À quoi ressemblera la vie par la suite ? On peut se jouer tellement de films dans la tête. Pourquoi ne pas faire de notre imagination un meilleur usage? Pour rêver, aspirer à quelque chose, créer ? Si le film que vous regardez tourne mal, éteignez–le. Faites quelque chose de réel, quelque chose de physique. Votre instinct de survie est déjà à l’œuvre à cause de ce qui est en train de se produire pour de vrai. Ne laissez pas votre imagination mettre de l’huile sur le feu.

 

Peur

Le vrai courage n’est pas l’absence de peur ; cela veut dire ressentir la peur et accepter de continuer à vivre avec elle. La peur est partout ces jours-ci. Parfois créée de toutes pièces, parfois naturelle et nécessaire. Sachez faire la différence. Soyez précis à propos de ce dont vous avez vraiment peur. Accordez-vous d’être silencieux de temps en temps, même si cela rend la peur plus palpable. Regardez et écoutez. Respirez à fond et ne laissez pas prise à la panique. D’habitude, Peur invite son amie Clarté à la fête. Ensemble, elles nous rappellent à quel point nous aimons la vie et à quel point nous voulons continuer à la vivre. Alors, ayez peur. Et soyez bien.

 


Elaine Konopka est la fondatrice de The Attentive Body à Paris et propose des séances privées qui portent sur le travail corporel basé sur l’attention et la gestion de la douleur. Elle anime des ateliers d’écriture et de respiration consciente, et vous pouvez désormais la retrouver sur sa chaîne YouTube dédiée à l’écriture pour le bien-être, The Write Thing to Do.

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