Quand l’An n’est plus Nouveau

By Publié dans - La vie & Life on janvier 26th, 2020 The Attentive Body blog by Elaine Konopka

Il y eut une période de ma vie où je passais chaque Nouvel an dans un temple bouddhiste zen du centre de la France. Cette retraite annuelle hivernale nichait dans ce que les Allemands appellent “les jours entre les années”, ceux de l’après-Noël, les jours un peu perdus de décembre. Les méditations, tout comme les nuits de la saison, étaient longues. Le 31 était jour de repos. Le soir, des étincelles jaillissaient de l’énorme feu de joie tandis que nous attendions en file indienne pour sonner la grosse cloche, littéralement pour chasser la vieille année à coups de cloche. Et là, finies les robes noires et place à une immense fête de saint-Sylvestre, avec un dîner spécial, à boire, de la musique et des danses jusqu’au petit matin. Pour rester dans le zen et son subtil mélange de rouerie et de naïveté, le 1er janvier, vous étiez supposé être au dojo pour la méditation du matin – si importante pour bien débuter l’année. Il n’y avait pas de cloche pour vous réveiller ce jour-là. Vous étiez censé être une grande personne, vous lever et vous rendre à la méditation à l’heure. Si, pour quelque raison que ce soit, cela ne se produisait pas, un moine ou une nonne en robe noire et arborant un bâton venait vous encourager à sortir du lit, quitte à ce que vous clopiniez jusqu’au dojo. Je peux imaginer la scène vue d’en haut : les traînards apparaissant les uns après les autres de divers dortoirs, la tête lourde, finissant de serrer la ceinture de leur kimono en marchant, évoluant comme des fourmis hagardes en direction du dojo silencieux. Et c’est là que vous vous retrouviez vous-même, assise en tailleur dans l’antichambre pleine de courants d’air réservée aux retardataires, avec encore assez de temps tout de même pour contempler exactement la façon dont vous alliez débuter l’année.

 

Quand l’année perd de sa fraîcheur

Malgré ses promesses de nouveaux départs et le puissant rassemblement de nos énergies collectives suivant le calendrier grégorien, chacun d’entre nous tournant la page (presque) en même temps, janvier est souvent un mois rude. Comme la première méditation de l’année au temple zen, il vous montrera, aussi rapide qu’efficace, l’écart entre votre idéal et la réalité.

On ne s’attend pas à ce que le monde, ou soi-même, se sente mal au début de l’année. Et pourtant, ça arrive. Les forêts brûlent, la guerre menace, les grèves déconcertent. On tombe malade, ou bien on se sent coincé, ou encore on a du mal à retourner au travail après les vacances. On prend des résolutions qu’on voit peut-être fondre comme neige au soleil avant même la fin du mois.

Je vous offre aujourd’hui trois recours qui de mon point de vue valent mieux que des résolutions – ou qui même les soutiendront si vous en avez fait. Il s’agit des choses vers lesquelles vous tourner quand vous perdez pied, ou que la vie semble trop grande pour vous et que vous n’êtes plus sûr de la façon d’avancer. Ce sont toutes des actions dans leur genre, même s’il ne s’agit pas de types de résolution qu’on peut être amené à prendre au début de l’année comme “marcher une heure par jour” ou “un janvier sec ”. Ce sont des “uber-actions” plus générales mais des moyens non moins concrets d’apporter une certaine paix de l’esprit dans votre vie. Je pense que c’est un bon engagement, quelle que soit la façon dont vous avez débuté votre année.

 

Résilience

La résilience est la faculté d’endurer, de surmonter et, en fait, de se trouver fortifié par le stress et l’adversité rencontrés au cours de sa vie. La plupart d’entre nous en sommes plus capables que nous ne le pensons et nous pouvons apprendre de notre expérience. Si vous traversez une mauvaise passe ou que vous vous sentiez submergé, penser rétrospectivement à la façon dont vous avez géré des situations similaires par le passé peut vous aider à faire face à ce qui est en train de se passer en ce moment.

J’ai déjà écrit à ce sujet et ai aussi concocté une petite vidéo-guide-d’écriture qui vous entraînera à traverser le processus de réflexion et vous aidera à identifier vos atouts. Il y a tant dans la vie que nous ne pouvons contrôler (et qui le voudrait vraiment ?), mais être capable de compter sur soi-même permet d’égaliser les chances.

 

Le silence

Les bonnes raisons de s’offrir du silence sont trop nombreuses : le silence fait baisser la tension artérielle, relance notre système immunitaire, réduit la production de cortisol et d’adrénaline et encourage la croissance de nouvelles cellules cérébrales. Ne serait-ce que quelques minutes de silence peuvent avoir un réel impact, et pourtant, soit nous ne pensons pas le moins du monde à rechercher le silence, soit nous le redoutons et nous empressons de le remplir. Il est vrai que trouver une plage de tranquillité dans ce monde bruyant est quelque chose de quasiment impossible (quoique comme ça, sans réfléchir, je pourrais suggérer une église, un cimetière, un musée, une bibliothèque). Cela dit, plutôt que la simple absence de bruit extérieur, je vous suggère d’éteindre le chahut du dedans. Le monologue intérieur (ou dialogue, si vous aimez vous répondre à vous-même) n’est jamais aussi fort que lorsque vous ruminez quelque chose de mauvais : vous ne vous sentez pas bien, il y a trop à faire, vous voilà plein de doutes, vous ne savez comment procéder. Alors, vous commencez à parler avec vous-même. Non pas de façon utile ou authentiquement réflexive, mais plutôt comme un commentaire ou une critique en continu, comme si, mentalement, vous vous arrachiez les croûtes du sentiment de mal-être. Le silence veut dire : appuyer sur le bouton pause et être d’accord pour ne plus écouter ce bruit. Il y a de nombreuses techniques incluant la pleine conscience et la méditation, les mantras et la visualisation, et toutes peuvent vraiment vous aider si vous vous appliquez. Mais tout simplement, vous vous sentirez mille fois mieux si vous pouvez cesser de vous parler à vous-même, ne serait-ce que cinq minutes. Laissez-vous tranquille. Laissez-vous être.

 

Présence

Si vous êtes coincé, comme dans je-suis-coincé-au-lit-impossible-d’en-sortir, dans l’angoisse ou la panique, il est probable que vous pensez au passé ou à l’avenir. La seule issue est d’être présent, ici et maintenant. C’est devenu un cliché mais c’est vrai. Je dis parfois à mes clients que l’inquiétude, l’appréhension et le fait de revisiter des scènes du passé, c’est comme voir un film. Un mauvais film. Être présent veut dire sortir du cinéma. S’arracher à cet espace sombre et vacillant et regarder autour de soi. Que se passe-t-il quand vous êtes là, juste maintenant ? Si vous le faites, le moment vous suggérera presque toujours quelque chose : une prochaine étape à franchir, un besoin simple à combler, une émotion à ressentir. Et cette “prochaine étape” pourrait simplement consister à inspirer et expirer. Ou s’habiller. Ou faire une tasse de café. C’est ce que nous pratiquions, assis en pleine méditation dans le temple zen. Juste là. Juste ce moment. Ce n’est guère facile à maintenir mais si vous arrivez à être présent quand vous en avez besoin, ça vous aidera formidablement. La méditation n’est pas le seul moyen d’apprendre. Je travaille avec des personnes sur leur respiration et leur attention aux sensations corporelles. Seuls votre corps et votre respiration, contrairement à votre esprit, peuvent être ici et maintenant. Ramenez votre esprit à eux puis regardez à nouveau votre réalité. Peu importe combien grande est votre appréhension, ce dont il est question, c’est de l’avenir – quelque chose qui, pour le moment, n’existe pas. Concentrez-vous sur ce qui est en face de vous et la peur ne vous paralysera pas. Regardez tout autour. Voyez ce que le moment vous offre. Regardez ce que veut votre corps, ce dont il a besoin. Tendez vers cela. Inspirez et expirez. Habillez-vous. Faites du café. Laissez janvier être le mois de janvier, peu importe à quoi il ressemble cette année. Vos épiphanies et nouveaux départs peuvent surgir à tout moment – tant que vous serez là pour les rencontrer.

 


Elaine Konopka est la fondatrice de The Attentive Body à Paris et propose des séances privées qui portent sur le travail corporel basé sur l’attention et la gestion de la douleur. Elle anime des ateliers d’écriture et de respiration consciente, et vous pouvez désormais la retrouver sur sa chaîne YouTube dédiée à l’écriture pour le bien-être, The Write Thing to Do.

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