Quand la zone de guerre, c’est toi : le combat contre l’image corporelle
Je travaille avec le corps – ce qui veut dire, bien sûr, avec les gens. Mais les gens ont la fâcheuse habitude d’aller loin dans leurs pensées et croyances tout en coupant la connexion avec leur corps dans le processus. Ma tâche est de leur apprendre à revenir à leur expérience physique. Le corps et l’esprit entrent en conflit pour nombre de raisons, dont l’une des plus communes est l’image corporelle.
Très peu de personnes résistent quand je leur demande de laisser retomber les épaules. Ça intéresse la plupart d’entre eux d’apprendre à détendre leurs mâchoires. Mais neuf fois sur dix, quand je leur demande de relâcher le bas du ventre, c’est soudain comme si je parlais chinois. Si j’arrive finalement à les convaincre de libérer un peu leur abdomen, ils ont l’air épouvanté. Dans leur expression de honte, de dégoût, d’impatience ou de gêne, j’entends les tam-tams de guerre : Je ne peux pas marcher dans la rue comme ça ! C’est dégoûtant. J’ai l’air gros. Je suis gros. Regarde-moi cette graisse ! J’arriverai jamais à maigrir. C’est peine perdue. Je déteste mon ventre.
C’est la même chose pour les fesses et les cuisses, le nez et les orteils, les cheveux, la peau, la taille, le poids. Et je ne parle pas de personnes souffrant de dépression clinique ou de troubles alimentaires, ni de tendance à l’automutilation – bien que les discours intérieurs dépréciatifs puissent mener à ces problèmes, spécialement dans le cas de toutes jeunes femmes. Je parle de personnes en bonne santé qui ne cessent de se dire des trucs désagréables. Si tu ne t’en étais jamais rendu compte avant de lire ces lignes, prends une seconde pour y réfléchir maintenant : as-tu une zone de combat ? Avec quelle partie de toi te sens-tu en position d’hostilité ?
Bienvenue au club !
Il semble que la majorité d’entre nous soit engagée dans un combat continu avec son corps. Selon une enquête de 2014 menée sur 2000 Américains adultes à propos de l’image de leur corps, 60% des femmes et 36% des hommes nourrissent chaque semaine des pensées négatives sur leur apparence. Pas moins de 77% des femmes adultes interrogées s’étaient plaintes à quelqu’un de leur apparence au moins une fois le mois précédant l’enquête. La partie du corps numéro 1 qui tracassait à la fois les femmes (69%) et les hommes (52%) était… l’estomac, justement. La peau venait en deuxième (43% des femmes, 23% des hommes), suivie par les cuisses et les fesses pour les femmes, la pilosité (sur le visage et sur le corps) et les cheveux pour les hommes.
Bon, il est clair que personne n’est parfait, et qu’il est parfaitement légitime de ressentir le besoin ou d’avoir la volonté de changer quelque chose à son corps pour être en meilleure santé ou se sentir bien dans sa peau. Mais les discours intérieurs négatifs ne sont ni une action ni une solution ; il s’agit là d’une autoflagellation mentale stérile, qui réduit notre énergie et sape notre confiance en nous. Et même si cela semble être une contradiction, l’incapacité d’accepter ce qui est là maintenant rend le changement difficile, superficiel, éphémère. Les effets de l’autocritique ont été le sujet de plusieurs études au cours des cinq dernières années, pour aboutir à la conclusion que l’image négative de soi encourage la rumination et la procrastination et, de là, constitue un obstacle face à une personne qui avance vers un but.
Pendant ce temps, dans les tranchées…
Que se passe-t-il quand on dit du mal de son corps ? Essaie pour voir. Pense à la partie de toi dont tu n’es pas content(e) ou qui te gêne. Rends-toi compte de tout ce que tu te dis alors. Puis, sans rien changer, reporte toute ton attention sur ton corps. Sens-tu que tu retiens ta respiration ? Que tu te contractes ? Que se passe-t-il physiquement dans la zone de guerre ?
Il y a différentes façons de s’autodénigrer. Tu peux te donner des ordres, tu peux psalmodier toute une litanie d’angoisses, tu peux te réprimander ou te moquer de toi-même. Quelle que soit ta technique, ton attitude ne se limite pas à ta tête. Tes pensées et tes mots ont un impact certain sur ta façon d’être au physique. Si tu détestes tes dents et que tu ne cesses de dire du mal à leur sujet, eh bien, par exemple, ça va avoir des répercussions sur ta façon de parler, de manger ou de sourire. Tu risques de faire des efforts inutiles avec tes lèvres, ta langue, ta mâchoire, ta gorge et même ton cou, ce qui finira par te rendre difficile le simple fait de respirer profondément, d’avaler correctement et de digérer convenablement, ce qui finira par nourrir un sentiment d’anxiété et / ou de diminuer ton niveau d’énergie, etc.
En diabolisant certaines régions de son corps, on devient littéralement son pire ennemi. Il n’est aucune partie de toi qui ne soit toi. Donc, que tu mènes un combat avec ton ventre ou une guerre froide avec tes mollets, tu ne fais rien d’autre que renforcer les messages et sensations susceptibles d’engendrer des symptômes chroniques. Beaucoup de mes clients qui viennent en se plaignant de ballonnements, de constipation, de reflux acide, de rétention d’eau, de sciatique et de maux dans le bas du dos se révèlent avoir une relation loin d’être amicale avec les parties de leur corps concernées. Plus encore, les schémas d’effort et de respiration que tu crées (souvent à ton insu) donnent à ton corps, à travers le renvoi de l’image négative de soi, l’impression que quelque chose ne va pas, ce qui veut dire qu’il opère en mode de survie pour plus longtemps qu’il n’était destiné à le faire. Cela peut provoquer tout un éventail de symptômes – migraines, insomnie, rythme cardiaque irrégulier – ce qui relève du terme générique de “stress”. Veux-tu vraiment t’infliger ça ?
Cessez-le-feu
On a tout à gagner à identifier l’image négative de soi et à dire stop. Il y a une multitude d’informations et d’avis sur la façon d’établir une relation plus amicale avec son corps. Pour ma part, à titre professionnel et personnel, je pense que ça vaut la peine d’écrire exactement ce qu’on se dit à soi-même. Il est essentiel de prendre de la distance vis-à-vis de l’autocritique, de la faire accéder à la conscience plutôt que de la subir automatiquement. Ce sera alors à toi de décider si tu veux vraiment répéter ca. L’écrire noir sur blanc t’offre cette clarté. Ça t’aidera aussi à établir la distinction entre ce que tu peux changer et ce que tu ne peux pas, et à te fixer des objectifs spécifiques plutôt que d’entretenir un énorme nuage indéfini d’insatisfaction devant Toi et la Vie.
Et, bien sûr, ça aide à se rappeler d’être physique. Respirer et prendre conscience des points difficiles. Simplement les sentir, sans jugement, comparaison ou commentaire.
Nous n’avons que ce corps dans cette vie, et s’il est vrai que nous possédons aujourd’hui la technologie et la pharmacologie pour pouvoir le lifter, l’étirer, le remplacer, l’allonger, le pulper et l’anesthésier, je crois que la capacité d’être bienveillant vis-à-vis de nos “imperfections” est une part importante de l’être humain et un ingrédient nécessaire pour une vie satisfaisante.
Atelier Faire la paix avec son image corporelle avec Elaine Konopka, le samedi 28 mai 2016, ouvert à tous ceux qui aimeraient se sentir mieux dans leur peau.
Elaine Konopka est fondatrice de The Attentive Body (Le corps attentif), qui propose des séances individuelles de conscience corporelle et de gestion de la douleur à Paris, ainsi que Breath Lab, un atelier d’exploration respiratoire.
