Quand c’est non

By Posted in - La vie on février 6th, 2018 The Attentive Body/Elaine Konopka

J’ai déjà écrit sur la déception mais décidément elle n’arrête pas de repointer son museau pointu. Les clients, les amis, moi-même – il semble que personne ne soit épargné dans les ratages de la vie. Et pourquoi le serions-nous ? Notre propre volonté, si forte soit-elle, n’est pas toute-puissante, ce qui veut dire que nous n’obtenons pas toujours ce à quoi nous aspirons. Franchement, je pense que la déception est un bon signe. Le signe qu’on est toujours investi dans la vie, assez intéressé pour vouloir tellement une chose qu’on est blessé quand elle n’arrive pas. Ce serait plutôt quand tout commence avec “bof” qu’il faudrait s’inquiéter.

Cela dit, personne n’aime être déçu. La semaine dernière, une amie et moi nous désolions devant un bol de soupe et une tasse de thé, échangeant nos histoires chagrines. La sienne était un accord commercial tombé à l’eau ; la mienne, que j’avais dû annuler ma participation à une formation professionnelle. Toutes deux avions attendu ces événements avec grande impatience et étions ravagées qu’ils ne se soient pas produits.

Nous avons tourné autour de l’idée selon laquelle “ça ne devait pas se faire” et “il arrivera quelque chose de bien meilleur” – une ligne de pensée censée soulager la blessure mais qui nous laissait toutes deux finalement peu convaincues. Cela semble à coté du sujet de diminuer l’importance de la chose qui nous a échappé. Alors, que faire quand on sent la vie nous couper l’herbe sous le pied ?

 

Que ça sorte !

La déception est une espèce de douleur. Si vous la dépassez trop vite, vous pouvez vous retrouver avec une petite graine de tristesse susceptible, avec le temps, de devenir un gros fruit amer. Alors laissez-la sortir. Sans vous faire de mal, ni à vous ni aux autres ou à votre entourage, tapez du pied d’une façon qui vous procure de la satisfaction. Parlez avec un ami. Mettez par écrit exactement comment vous vous sentez. Prêtez attention à l’endroit du corps où vous ressentez cette déception et respirez dans cette partie, ou bougez-la pour vous faire du bien.

 

Dé-dramatiser

N’écartez pas la douleur – mais n’y demeurez pas trop longtemps non plus. Une fois que vous avez éprouvé et exprimé votre déception, reculez et essayez de prendre quelque distance. Recentrez votre attention sur la façon dont cette perte prend place dans l’ensemble. Ainsi, mon amie n’a perdu ni son argent ni son travail ou sa santé. Elle a d’autres options, bien qu’elles nécessitent du temps et que mon amie doive se re-organiser pour trouver un nouveau plan. Mais vous ne pourrez vous adapter si votre énergie et votre attention restent bloquées dans la souffrance de tout cela. Alors prenez une profonde inspiration et revenez à vous : ne restez pas trop longtemps à vous faire votre Caliméro, posez votre baluchon, ôtez-vous la tête de la coquille et regardez la situation avec clarté.

 

Trouver l’essentiel

Le recul est une façon d’ajuster son regard. Il en existe une autre, qui consiste à zoomer et examiner de très près votre déception. Allez jusqu’au centre brûlant de ce qui est douloureux chez elle. Qu’espériez-vous obtenir exactement ? Quand je me suis posé cette question sur la formation professionnelle, la réponse fut : la magie. J’attendais fébrilement d’apprendre une technique qui me semblait magique et que je pourrais utiliser avec mes clients. Je fus surprise par cette réponse. Je me suis soudain souvenue de circonstances et d’intérêts dans mon passé connectés à ces choses que, oui, on pourrait appeler “magiques”. La magie s’était perdue au loin tout au long du chemin mais voilà qu’elle réapparaissait, cachée dans le contexte plus vaste d’une formation, comme une braise dans la cheminée.

Bon. Cette relation, cette audition, cet éditeur, n’a pas marché. Quel cœur brillait donc en elle, en lui, pour que vous ressentiez un tel désir ? Peut-être la présence de quelqu’un qui saurait vraiment vous écouter. Peut-être le fait de vous trouver devant un public. Peut-être celui d’avoir des gens qui lisent ce que vous avez écrit. Et bien sûr, la question suivante sera : N’existe-t-il pas d’autres moyens de s’approcher de cette chose essentielle ?

Tomber sur ce désir de magie et le cultiver dans ma vie et dans mon travail, c’est un vrai cadeau. Bien sûr, j’aurais adoré pouvoir suivre la formation. Mais je me suis débrouillée pour trouver une porte de sortie à ma déception, ainsi que de nouvelles possibilités qui continuent à exciter mon désir et ma curiosité.

Essayez donc, la prochaine fois que la vie vous dit non. Cueillez ces braises ardentes parmi les cendres et remuez-les dans vos petites mains chaudes. Soufflez dessus. Faites des étincelles. Donnez-leur la chance de s’enflammer à nouveau.

 


Elaine Konopka est la fondatrice de The Attentive Body à Paris et offre des séances privées qui portent sur le travail corporel basé sur l’attention et la gestion de la douleur. Vous pouvez également la rejoindre pour Écrire & Respirer, des rencontres régulières qui combinent l’écriture pour le bien-être et la respiration consciente. 

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(2) awesome folk have had something to say...

  • Catherine Lefebvre - Répondre

    février 6, 2018 at 10:32

    Quand je suis déçue par quelque chose qui ne m’arrive pas, d’abord je pleure : ça fait trop du bien.
    Et puis je me dis que c’est un mal pour un bien ; quelque chose d’autre va arriver.
    Je me dis que c’est parce que ça ne devait pas se faire dans mon chemin.

    Et comme je vois des signes magiques partout, ils m’enseignent aussi à continuer dans ce sens.
    Voilà, c’était un peu pour parler de moi. Catherine

    • Elaine - Répondre

      février 6, 2018 at 21:41

      Merci pour ces mots, Catherine !

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