Ce que peut nous apprendre le blues du retour de vacances

By Posted in - La vie on septembre 1st, 2016 The Attentive Body/Elaine Konopka, September blog

Il y a des chances pour que tu aies déjà entendu ou lu une version de cette citation du gourou du marketing en ligne, Seth Godin : “Au lieu de vous demander quand auront lieu vos prochaines vacances, il serait peut-être bon de mettre en place une vie dont vous n’aurez nul besoin de vous échapper.”

Par où commencer dans ce qui ne va pas avec cet énoncé ? C’est un argument spécieux, mettant sur le même plan vacances et évasion. Le mot vient du latin vacare, “être inoccupé”. Être en vacances ne signifie pas nécessairement s’évader de quelque chose d’atroce. Il s’agit d’un verbe en soi, d’une action unique – ne pas être occupé – et d’une quête tout à fait valable. Même une vie extraordinaire et spontanée comportera nécessairement quelque “occupation”. Il n’y a rien de mal à ça et rien de mal à vouloir faire une pause.

Le problème est que reprendre sa routine peut s’avérer un peu difficile. Les gens semblent éprouver toutes sortes de choses, allant de la mélancolie / fatigue jusqu’à la perte de repères / angoisse. Il y a même des acronymes pour ça ! SVP (Syndrome Post-Vacances), ou PTD (Post-Travel Depression = Dépression Post Voyage) pour les Américains, ou bien HOAD (HOliday Adjustment Disorder = Troubles d’Adaptation [après les] Vacances) pour les Britanniques. Il n’y a pourtant aucune maladie à guérir ici ; c’est une phase de transition et, comme beaucoup de choses dans la vie, si tu y prêtes attention, tu pourras en apprendre quelque chose d’intéressant.

Arrivée à ce point, je voudrais dire que je suis consciente qu’il faut savoir relativiser. Des billions de personnes sur Terre se préoccupent d’abord de leur survie, peu importe le fait de “s’inoccuper” et de s’en sentir bien par la suite. Peut-être survis-tu toi-même, mais tout juste. Peut-être ne prends-tu pas de vacances. Ne m’en veux pas. Ce dont je parle, c’est de la capacité de s’adapter et de prêter attention, d’évoluer à travers des périodes de changement avec un peu plus de grâce. C’est une pratique utile, que tu viennes de passer deux semaines sur la plage ou deux mois à suer dans ton travail quotidien.

Donc, si tu te sens à la dérive après ce mois d’août ou quelque autre changement d’activité ou de rythme, qu’as-tu à apprendre ?

 

Accepte l’inconfort

C’est toujours une bonne idée, au moins à court terme. Ne refoule pas ce que tu ressens. Prends connaissance de ce qui se passe, sans jugement. Essaie de décrire précisément tes pensées, tes émotions, tes sensations. Es-tu triste ? Inquiet de quelque chose ? Souffrant physiquement ? Il ne s’agit pas de complaisance ou de nombrilisme : être précis vis-à-vis de ce que tu éprouves t’aidera à percevoir sur quels aspects tu pourras faire quelque chose et lesquels tu devras juste permettre d’exister ; ne pas les refouler les laissera suivre leur cours. Alors respire profondément, relaxe ton corps et n’essaie pas de prétendre à autre chose pour le moment.

Il se peut qu’il y ait quelque chose que tu redoutes absolument à ton retour à la vie de tous les jours (un job ? une personne ? un événement?). Il se pourrait qu’il y ait un élément que tu tiennes vraiment à changer, qui a besoin de changer pour que tu te sentes bien. Prendre des vacances offre des perspectives – quand tu es “inoccupé”, tu envisages les choses avec un regard neuf, y compris ta propre vie. Dans le passage d’une expérience à l’autre, certaines choses peuvent ressortir comme n’étant plus désirées, nécessaires, voire acceptables. C’est une occasion de te confronter à ce que tu veux transformer, quelque redoutable que cela puisse te paraître.

 

Observe le début et la fin

Tu fermes un chapitre pour en ouvrir un nouveau. Tu avais une intention, inconsciente peut-être, concernant la période aujourd’hui derrière toi (te relaxer, voir des amis, voyager, essayer quelque chose de nouveau). Jette un coup d’œil à ce qu’est devenue cette intention. A-t-elle été réalisée ? Comment t’a-t-elle changé(e) ? Formule à présent une intention pour la période à venir. Qu’espères-tu ? À quels défis te confronter ? Pense à ce que tu veux vraiment. Aie conscience que tu commences une nouvelle période pleine de possibles et d’inconnu (oui, l’inconnu : même si tu retournes à une certaine routine, tu ne sais jamais ce qui va se passer).

 

Développe la continuité

Identifie les choses, si minimes soient-elles, que tu as faites différemment durant ton temps “inoccupé” : T’es-tu levé(e) plus tôt, ou plus tard ? As-tu mangé différemment ? Moins utilisé Internet ? Davantage regardé le ciel ? Passé plus de temps seul(e), ou avec certaines personnes ? Peux-tu envisager une façon d’intégrer ne serait-ce qu’une de ces choses dans ta vie quotidienne ? Il ne s’agit pas de re-créer tes vacances ou de reproduire un état particulier mais de prendre quelque chose de bénéfique que tu as fait pour toi-même pour l’embarquer avec toi dans la suite de l’aventure.

 

Lâche prise

J’ai fait un sacré nombre de retraites bouddhistes Zen et l’ai remarqué maintes et maintes fois : après quelques mois de calme, de méditation et de vie en communauté, les participants rentrent chez eux pour se retrouver dans le chaos – le travail, la circulation, les queues au supermarché, les gros titres sinistres des journaux – entourés de leur famille, amis et collègues qui n’ont pas passé, eux, leurs jours et leurs nuits sur un coussin à laisser défiler leurs pensées. Les méditateurs demandaient toujours, “Comment rester Zen en rentrant chez moi ?” Réponse : n’essaie pas de “rester” quoi que ce soit. Rien ne reste. Les expériences les plus passionnantes vont et viennent – tout comme le déchirement, l’ennui, l’illumination. La clé est de les vivre pleinement pendant qu’elles arrivent et ensuite de passer à autre chose. Sinon, tu resteras scotché, arrimé aux berges de la rivière tandis que la vie s’écoule. Lâche prise. C’était si incroyable ! C’était si décevant ! C’était. Le temps passe. Abandonne. Voyage léger.

 


Elaine Konopka est fondatrice de The Attentive Body, qui offre des séances privées de conscience corporelle et de gestion de la douleur, ainsi que Breath Lab, les ateliers de respiration, à Paris.

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